« Si une messe pour les défunts entraine un tapage politique ce n’est pas nous qui le souhaitons » a déclaré Mgr Joseph KOERBER, évêque du vicariat Apostolique de Makokou au Gabon.

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Q/ Mgr Joseph KOERBER, vous êtes Évêque de Makokou,  vous avez le  9 août 2015 fait une déclaration suite à une privation de liberté religieuse. Avez-vous le droit de prier pour un homme politique décédé, et n’est-ce pas un acte politique ? 

R/ Il est parfois difficile de poursuivre sa route, surtout sur un chemin qui est glissant et semé d’embûches. Mais parfois il faut avancer malgré les obstacles qui pourraient nous attendre. Nous devons rester fidèles à notre déontologie et c’est le cas justement quand nous prions pour les défunts : pour nous, Église Catholique, prier pour les défunts est un devoir et une pratique séculaire : Nous prions d’abord pour nos frères défunts mais aussi pour tout ceux qui ne font pas partie de l’Église. D’ailleurs nous prions pour tout homme qui meurt, peut importe qu’il soit croyant ou incroyant, peut importe sa religion ; même le plus grand des criminels a droit à notre prière. Et la messe est justement un moment privilégié pour présenter au Seigneur nos suffrages. C’est un acte religieux, un acte de culte.  Nous avons le droit et devoir de poser cette acte : Il peut avoir un caractère public, mais ce n’est pas un acte politique. Si cela entraîne un tapage politique ce n’est pas nous qui le souhaitons ou qui le provoquons . Qu’à l’occasion d’une messe on nous reproche d’introduire la politique dans l’église ! c’est aller un peu vite en besogne !

Q/ Comment comprendre ?

R/ Un homme qui meurt perd tous ses titres ,toutes ses décorations’ ,sa nationalité ,ses richesses et son rang social .IL est tout nu devant DIEU avec ,comme seuls bagages ,les bonnes et les mauvaises actions qu’il a faites durant sa vie :tout homme qui meurt devrait nous être reconnaissant si nous prions pour lui à ce moment si important où il va rencontrer le Dieu de qui il a reçu la vie et à qui il la remet de nouveau entre ses mains. C’est ainsi que l Église catholique était présente au palais présidentiel à l’occasion de la veillée de prière , organisée devant le corps du président Omar Bongo , à la veille de son enterrement .Moi même,  j’y étais .Par la suite nous avons encore dit des messes pour le président . De même , au récent décès de la présidente Rose Francine ROGOMBE, des messes ont été dites pour la défunte à la paroisse notre DAME des Victoire de Makokou .

Q/ Mgr Joseph de s’interroger:

R/ « Mais quelle est donc cette levée de boucliers lorsqu’on demande une messe pour des ‘’opposants’’ ? J’ai donné mon accord au Père Anatole pour dire la messe à la cathédrale notre Dame des victoires . Finalement le père Anatole ne la pas dite, il a pris peur car il a reçu des menaces graves. Par la suite, l’abbé Stéphane a été contacté pour cette messe à la paroisse sainte Thérèse de l’enfant Jésus d’Ebadangoye. Je lui ai dit que je lui donnais mon accord, à condition de rester sobre et discret. Le lendemain de la célébration de la messe, on lui a dit de ne plus mettre les pieds dans son église! Quelle audace! Tout cela s’apparente à une persécution qui ne veut pas dire son nom : voila maintenant des hommes politiques qui chassent un prêtre de son église ! Nous étions tous consternés en face d’un tel agissement .De plus, moi même comme vous tous, nous avons été témoins du remue ménage médiatique causé par cette affaire.

Q/ Quelle démarche avez-vous entreprise?

R/ J’ai tout de suite saisi la conférence Épiscopale et la Nonciature à Libreville à ce sujet : vous trouverez ci –dessous la déclaration que j’ai fait lire dans les églises de Makokou. J’aurai dù ajouter aussi l’article 5 de l’accord cadre qui dit clairement ceci :’’Dans le respect du droit à la liberté religieuse, la République Gabonaise à l Église catholique, en ses différents rites, le libre exercice de la mission apostolique, en particulier pour ce qui concerne le culte’’. J’espère que le temps et la prière apaiseront les esprits. 

Voici la déclaration  faite à Makokou le 9 août 2015 par Mgr Joseph Koerber suite à l’interdiction faite à l’intimidation et l’interdiction faite aux prêtres en exercice dans le vicariat de Makokou. 

Déclaration

A la suite d’une messe célébrée par Monsieur l’Abbé Stéphane Adoua Emane, pour le repos des âmes d’Alexandre Samba, François Ekouaghe et André Mba Obame, dans l’église sainte Thérèse d’Ebadangoye, certaines personnes politiques sont allées lui causer des ennuis graves : L’Abbé Stéphane a été chassé de l’église et on lui a interdit d’y remettre les pieds.

J’ai saisi la conférence épiscopale du Gabon et la Nonciature Apostolique à ce sujet. Il y eu une rencontre à la résidence de Mgr l’archevêque Basile Mvé entre la conférence Épiscopale du Gabon et monsieur le ministre E. Issoze afin de clarifier la situation.

Nous pensions que le problème était réglé .D’autres incidents sont survenus par la suite a Makokou : tentative de brûler l’église, tentative de brûler le presbytère de la paroisse Sainte Thérèse de l’enfant Jésus. Enfin, ce qui est plus grave, un tract a été retrouvé sous la porte du presbytère destiné directement à Monsieur l’Abbé Stéphane, et portant à son «égard de graves menaces.

J’ai donc moi-même assuré le culte dans l’église de Sainte Thérèse d’Ebadangoye durant une quinzaine de jours pour permettre aux chrétiens de recevoir le secours spirituel auquel ils avaient droit et pour prendre le temps pour nous permettre d’élaborer une décision sage.

Après avoir consulté les prêtres du vicariat Apostolique de Makokou, voici ce que j’ai décidé : le culte rendu à Dieu dans cette église d’Ebadangoye sera suspendu jusqu’à nouvel ordre. Il sera dorénavant assuré dans la chapelle St Jean-Baptiste de Zoatab. J’ai pris cette décision pour plusieurs raisons.

  1. Malgré la rencontre avec Monsieur le ministre E .Issoze la tension a persisté.

  2. La construction de cette église, commencée par Monsieur le ministre E. Issoze, est restée inachevée.

  3. La violation de l’accord cadre entre le Vatican et l’État Gabonais par ceux qui ont empêché l’Abbé Stéphane d’accomplir son ministère dans l’église Sainte Thérèse d’Ebadangoye. En effet l’Accord Cadre stipule dans son article 6, alinéa 2 : Dans le cadre de sa législation, la République Gabonaise assure l’inviolabilité des lieux du culte : églises, chapelles et leurs annexes.

Nous demandons aux chrétiens de garder le calme et la dignité et nous espérons que tout rentre dans l’ordre le plus tôt possible.

Nous prions aussi Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, elle qui est la patronne de cette église d’Ebadangoye et qui a promis de passer le ciel à faire du bien sur la terre, de nous aider à résoudre ce problème.

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