Homélie de la messe des funérailles de André MBO OBAME, sans dépouille.

AMO 1« Inutile de juger autrui, en l’occurrence un mort…» a exhorté l’Abbé Casimir ONDO MBA en la Cathédrale Notre Dame de l’Assomption de Libreville au cours de la messe sans dépouille qu’il a présidé pour la célébration des funérailles, le Jeudi 29 Avril 2015, d’André Mba Obame.

En effet, c’est le 12 Avril 2015 à Yaoundé que André Mba Obame, un fils de l’Eglise, s’en est allé « alla casa del Padre ».

Continuant son propos,  « l’homme de la Bible » a fait une invite à la prière, à la demande de pardon, à remercier Dieu pour tous les dons immenses dont il a comblé ce frère, et la générosté qui animait son cœur.

Le prédicateur a redoublé un cri d’Alarme : « Le Gabon doit rester un des rares pays au monde où l’on estime sincèrement qu’un adversaire politique – qui n’est pas un ennemi personnel – est plus utile vivant que mort, en excellente santé que malade ou diminué physiquement ou mentalement, à cause de notre culture et de notre faible population. »

Nous publions le texte intégral de l’homélie prononcé au cours de la messe des funérailles de André MBO OBAME.

La célébration Chrétienne des obsèques constitue toujours un moment très important dans la vie et la prière de l’Eglise. Cette liturgie émouvante intéresse à la fois la personne du disparu en marche vers l’éternité, ainsi que la communauté multiforme que son départ laisse en plein désarroi et souvent inconsolable. Il s’agit en effet, d’une part, d’aider le défunt à effectuer sans encombre le voyage sans retour, selon la foi des croyants en l’au-delà, et d’autre part de relancer le groupe, car la vie doit continuer envers et contre tout.

Nos parents en avaient déjà l’intuition, avec, d’un côté, leurs rites funéraires qui visaient à faire accéder le défunt au village mystérieux et définitif des ancêtres, et avec, de l’autre, la palabre conviviale et objective pour conjurer les facteurs négatifs de la société et promouvoir ses éléments favorables, sans perdre de vue cependant que la mort elle – même reste un passage obligé.

Dans cet état d’esprit, Frères et Sœurs, nous sommes invités d’abord à une prière fervente pour notre regretté André, devant sa dépouille mortelle, une prière de demande de pardon doublée d’offrande reconnaissante.

La demande de pardon est certes la prière la plus urgente et la plus nécessaire pour les pauvres pécheurs que nous sommes à l’heure de la mort, pécheurs vis-à-vis de Dieu et à l’égard les uns des autres. Que d’occasion de chutes dans une existence aussi active que celle de notre illustre compatriote ! Que de faiblesses et d’erreurs possibles pour la fragilité humaine dans sa vie personnelle, familiale, professionnelle, politique. Avec les grands talents reçus du Créateur, et qui lui ont valu des responsabilités très élevées, il a pu succomber à l’orgueil, à la démesure, au mépris du prochain, aux abus de pouvoir. Dévoré par l’ambition et la cupidité, oubliant qu’on ne peut servir à la fois Dieu et l’Argent et les autres idoles, peut-être a-t-il trempé dans des pratiques syncrétistes et ésotériques incompatibles avec la foi chrétienne et même avec nos coutumes les plus saines et les plus vénérables.

Mais inutile de juger autrui, en l’occurrence un mort qui ne peut plus se défendre. Disons au contraire avec les larmes de contrition : «  Si tu gardes les fautes devant tes yeux, Seigneur, Seigneur, qui subsistera ? » (Ps 129,3)… Oui, Seigneur, toi le seul juste, toi le seul saint, dans ta miséricorde infinie, pardonne et prends pitié de celui qui se présente devant Toi en tremblant ! Tu demandes aussi à chacune et à chacun de lui pardonner les torts éventuels envers nous, ces torts qu’il a lui-même reconnus à genoux devant son peuple… comme nous espérons son pardon pour le mal que nous avons pu lui infliger même sans le vouloir et sans le savoir. Tu exiges enfin de tous ceux qui l’ont connu et aimé, comme preuve de la sincérité de leur prière pour lui, de s’efforcer d’instaurer un climat de réconciliation et de paix entre eux et autour de sa mémoire. Tout ceci conformément à la prière du « Notre Père » que nous avons reçue du Sauveur.

Frères et Sœurs, notre prière sera aussi une action de grâce éclatante au Seigneur pour ce que fut et ce que fit André, et que nous offrons à Dieu comme une offrande agréable à unir au grand sacrifice eucharistique. Son cœur vibrant et fidèle en amitié, ouvert à tous, son sourire malicieux de quelqu’un qui savait observer la vie dans les moindres détails, ses talents de manager hors du commun, de visionnaire lucide, de négociateur habile et patient, de réformateur discret, humain et efficace, autant de fleurs splendides pour un bouquet à placer sur l’autel.

Disons merci au Seigneur pour sa brillante intelligence qui lui a permis un parcours scolaire sans faille jusqu’au Doctorat en Sciences Politiques. Magnifions son énorme capacité de travail, sa créativité et son vaste savoir-faire à tous les postes qu’il a occupés, en particulier les ministères aussi sensibles que les Affaires Sociales, l’Education Nationale, l’Intérieur. Ils ont nombreux et pleins de reconnaissances ceux qui ont bénéficié de sa générosité, de ses orientations éclairées et de ses conseils judicieux.

Sa présence auprès de Feu Président Omar Bongo Ondimba a beaucoup contribué à aider l’Eglise dans un pays où la population est majoritairement chrétienne. La Cathédrale Saint Jean de Mouila et l’Eglise St Jean Baptiste de Medouneu représentent quelques fruits de son influence auprès de son père spirituel… Ancien séminariste et croyant sincère, André a puisé abondamment la patience inébranlable dans sa foi profonde, pour supporter comme le vieillard Eléazar le long chemin de croix de la maladie qui l’a terrassé les dernières années de sa vie, et de mourir dans un effroyable supplice, comme l’apôtre saint André son patron, à l’exemple du Christ, le Roi des Martyrs.

Seigneur notre Dieu, considère toi- même avec un paternel sourire ce que ton serviteur a réalisé, en faisant généralement en sorte que «  sa main gauche ignore ce que donnait sa main droite » (Mt 6,3).Seigneur , rappelle-toi qu’André a soulevé très haut l’espoir d’une bonne partie de son peuple, ce qui se manifeste encore aujourd’hui par la mobilisation extraordinaire à l’occasion de son décès… Une telle ferveur, spontanée, sincère, n’est possible que par la présence de ton souffle que le langage technique des théologiens aussi bien que le langage populaire appellent charisme. Oui, Seigneur, par un ensemble de talents reçus de Toi, André était un personnage hautement charismatique. Que ce charisme au service de son peuple ne meure pas avec lui, Seigneur, nous t’en supplions humblement ! Suscite toujours en abondance dans le peuple gabonais, des femmes et des hommes généreux, compétents, soucieux de l’intérêt général, désintéressés, artisans de réconciliation, de justice et de paix ! (Mt 5,9).

Le mot de la fin, Frères et Sœurs bien-aimés, en guise de palabre bienfaisante durant les funérailles d’un fils éminent du village – Gabon. Ce mot est déjà dans la prière adressée au Seigneur de donner toujours et de plus en plus des femmes et des hommes de grande valeur à notre pays.

Nous sollicitons par là même la sagesse de ménager au mieux notre première richesse nationale, à savoir, les précieuses ressources humaines. Permettez –moi de reprendre ici ce que j’ai dit à cette même place aux funérailles d’un autre illustre compatriote, le regretté Pierre Claver ZENG EBOME: « Le Gabon doit rester un des rares pays au monde où l’on estime sincèrement qu’un adversaire politique – qui n’est pas un ennemi personnel – est plus utile vivant que mort, en excellente santé que malade ou diminué physiquement ou mentalement, à cause de notre culture et de notre faible population. »

C’était un cri d’alarme à l’endroit du peuple tout entier, et en particulier de la classe politique et du corps médical tenté par l’appât du gain de trahir le sublime serment d’Hippocrate. Par dérision avec une étrange allusion, des compatriotes ont qualifié mes propos « d’homélie satanique ». J’espère seulement qu’ils ont changé d’avis aujourd’hui, devant le spectacle désolant d’une terre où les expatriés deviennent plus nombreux que les autochtones, un pays qui perd drastiquement ses forces vives dans la couche d’âge des 30 – 35 ans à 55 – 60, moins par la mort naturelle que par la violence, le poison, les A.V.C dus aux stress, la précarité en dépit de nos potentialités qui peuvent suffire à tous les Gabonais avec une plus grande justice sociale.

Ce mot de la fin sera clos par les paroles de st Augustin, le grand docteur africain du IV ème siècle, au sujet de l’amour : « Chacun aime, mais on doit chercher quel est l’objet de cet amour. Par conséquent, on ne nous demande pas de renoncer à l’amour, mais de choisir ce que nous devons aimer.» La sublime leçon s’applique à tous les domaines de l’existence, car l’amour est incontournable partout et en tout. Elle nous ramène d’abord au choix primordial entre le Bien et le Mal, entre Dieu et ce qui est contre Dieu, et que l’Evangile renferme dans l’argent, cet indispensable et bon serviteur, mais le pire et le plus tyrannique des maîtres.

En politique, par égard ici pour la personnalité du disparu, nous traduisons le dilemme ainsi : « Aimer le peuple ou aimer le pouvoir ! » Aimer son peuple avec tous ses membres, et considérer alors le pouvoir comme un moyen de servir ce peuple avec abnégation et impartialité, ou par contre, aimer le pouvoir avec ses avantages égoïstes et trompeurs, au mépris des aspirations légitimes d’une grande partie du peuple.

« Aimer le peuple ou aimer le pouvoir », une question vitale pour la santé et l’avenir du Gabon. Une question générale, qui se pose également à chaque citoyen et même à chaque habitant du pays, et pas seulement aux responsables politiques. Une question malheureusement inutile, qui ne change rien à la situation critique du Gabon, puisque chacun, sans nuance et sans un début d’examen de conscience, s’empresse de répondre avec assurance : « Moi, en vérité, j’aime beaucoup le Gabon et tous ses habitants. Ce sont les autres qui aiment le pouvoir pour le pouvoir, ce sont eux qui doivent changer pour devenir comme moi, et le Gabon sera sauvé… ».

Avec une telle mentalité, nous foulons au pied les grands idéaux fondateurs de la République : la Justice, le Travail et l’Union de tous les Gabonais, de toutes les ethnies et provinces dans la concorde et la fraternité. Nous pourrons nous inquiéter de la saisie de stocks d’armes de guerre par-ci, par-là, mais le danger le plus à craindre est la création de milices par des individus ou des groupes de tous bords. Même les forces de défense et de sécurité, utilisées de façon peu objective, peuvent devenir une milice partisane. C’est triste à dire : les Gabonais, surtout les jeunes, sont capables déjà de tirer les uns sur les autres, pour un pouvoir sans alternance et sans partage, base d’enrichissement héréditaire.

Peut-être même déjà, ô étrange paradoxe, faire la guerre pour le nom et la gloire de Dieu ! Paradoxe pourquoi ? Si Dieu est bon et miséricordieux, il ne peut trouver nul plaisir à voir les gens se massacrer et massacrer les innocents en son saint Nom. S’il est Tout–Puissant, il n’a besoin d’armer personne pour forcer les gens à l’adorer d’une seule manière s’il le voulait. En fait, la guerre pour Dieu camoufle un dessein de domination politique et économique sous le couvert de la religion.

Nous devons encore remercier André pour avoir écarté la violence armée en 2009. Revenons encore sur sa personne en demandant à Dieu, par la prière de l’ Eglise, cette Messe, ainsi que par l’intercession de la Vierge Marie, st Joseph, st Michel, st André et tous les Saints, de lui pardonner ce qui aura été davantage recherche du pouvoir de sa part, et de lui donner la récompense promise au bon et fidèle serviteur de son peuple.

Et que nous les chrétiens du Gabon, en fidèles et courageux témoins du Ressuscité, nous adoptions, pour les mettre en pratique et pour en faire une espèce d’hymne de plus (on peut avoir plusieurs hymnes en effet !), la célèbre prière de saint François d’Assise: « Seigneur, fais de nous des ouvriers de paix, Seigneur fais de nous des bâtisseurs d’amour » AMEN

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